Le clip “Prozac Like” par excellence. 

(via http://www.youtube.com/attribution_link?a=_xWU-QnZUJ0&u=/watch?v=TBXv37PFcAQ&feature=share)

"Nul problème ne pourra être résolu, voire perçu, si l’on prend soin d’éliminer au départ toute possibilité de le poser."

Bertrand Russell

Mélange, mosaïque et couche

J’ai souvent utilisé le terme « novlangue » pour désigner ces mots ou expressions qui ont acquis un nouveau sens dont les idéologues nous abreuvent. Ce n’est qu’aujourd’hui que je me suis rendu compte que le terme en lui même était un terme novlangue. En lui même, ce mot est donc ironique, il vise à disqualifier ce que dit autrui, il ne sert pas qu’ à décrire les déviances du langage. Pourtant, il m’arrive de noter que telle parole dite par autrui appartient à la novlangue, et c’est vraisemblablement une façon erronée de penser. Je ne connais pas les intentions de l’autre, je ne connais pas ses accointrances avec Big Brother, et il est probable que la plupart du temps, ceux qui usent de la novlangue ne le font pas exprès, utilisent des mots qu’ils ont. Je n’ai pas à être ironique avec ces gens.

Novlangue est un mot novlangue qui parasite mon système de compréhension.

Je cherche des mots qui pourraient remplacer le terme novlangue mais je n’en trouve pas de satisfaisants. La langue française pourtant riche n’a pas de mot pour définir ces expressions qui altèrent trop la réalité, jusqu’à l’inverser. Il me faudra parler de « contresens », de « faute » ou d’ « inexactitude ».

Aujourd’hui, une de ces inexactitude me semble être l’utilisation de termes comme « melting pot », pour qualifier le monde qui se met en place. Quand on utilise ce terme là, il me semble qu’on occulte l’effet recouvrant qu’il existe aussi dans la mise en relation entre deux mondes. Les idéologues du métissage par exemple insistent souvent sur l’enrichissement mutuel, l’apport des autres civilisations, et usent volontiers d’images souvent liés au monde des sens : Une salade composée c’est bon, un cocktail aussi, le jazz né de la rencontre entre la musique populaire européenne et africaine c’est joli, etc. La société qui se met en place aurait ces même caractéristiques. Ils occultent le fait que ce genre de réussite n’est possible que quand quelqu’un décide de la composition. Il faudrait un « civilisateur » pour que le melting pot soit réussi, comme il faut un barman pour fabriquer un bon cocktail. Ce n’est pas ce qui s’est passé dans l’Histoire. Dans l’Histoire, les civilisations recouvrent les autres.

L’image du melting pot me très semble inexacte pour ces raisons là. Une autre image que j’aime un peu plus est l’image de « la mosaïque », ou alors, la définition originelle du « cosmopolitisme », qui est le côtoiement de plusieurs cultures sans altération des unes et des autres. Un monde « mosaïque » me paraît encore correspondre au monde actuel, où il y a encore des nations qui se côtoient, des cultures différentes au sein de ces nations, des folklores, des gens assez différents les uns des autres. Mais si l’image de la « mosaïque » est peu utilisée en France, il me semble que c’est en raison de cette notion d’intégration, qui est un des fondements du système français contemporain. La France ne veut pas de cette mosaïque. Elle a éliminé les langues régionales, les cultures locales, les systèmes tribaux qui existaient encore au début du siècle dernier, et aujourd’hui, elle veut que tous se « fondent dans la république », ce qui en langage exacte veut dire, abandonnent une grande part de leurs spécificités ethno-linguistique. Pour garder cette métaphore de la mosaïque, il semblerait que la France en veuille bien une, mais de couleur unique. Un véritable pays mosaïque me semblerait être un pays comme la Thaïlande, où il y a une majorité bouddhiste theravada, des tribus animistes, des communautés musulmanes et chrétiennes, des ethnies différentes, des langues différentes, où certaines personnes vivent dans un système « moderne libéral » quand d’autres n’utilisent quasiment jamais l’argent, où certain s’habillent à l’asiatique et d’autre à l’occidentale. Or le modèle thaïlandais ne semble pas être celui privilégié en Europe.

L’image de la mosaïque ne me semble donc pas adapté à la société qui se met en place. Ça ne reflète pas bien la réalité. La métaphore que je juge la plus vraisemblable est celle des « couches », telle les couches de peinture que l’on appliquerait sur une surface. Quand une nouvelle couche se met en place, elle recouvre l’ancienne, que l’on perçoit encore par transparence. Si je pose une couche blanche sur une couche rouge, ça forme une couleur rose pale, et j’arrive encore à penser que c’est rouge en dessous. Si je pose à présent une couche bleu, ça me donne une surface bleu claire, j’arrive à voir que c’est dans les blancs en dessous, mais je suis incapable de penser que c’est rouge encore en dessous. Il n’en reste plus rien.

L’Histoire peut peindre au rouleau la surface en question, le monde romain recouvrant presque totalement le monde celte, le monde franc recouvrant presque totalement le monde romain. Ou alors laisser ici ou là des espaces vierges, des zones où on perçoit encore l’ancien monde. L’Irlande non romanisée, la Bretagne non francisée. Il arrive aussi qu’on puisse gratter la peinture, ici ou là. La Renaissance nous fait redécouvrir la couleur, abimée, de Rome et d’Athènes.

Si je retrace l’histoire de mon territoire à grand trait, avec ce que j’en sais, je sais qu’il y a eu un monde préhistorique qui a laissé des traces dans les cavernes. Une autre société a dressé des dolmens. Les celtes sont arrivés. Puis les romains. Puis des barbares en tous genre. Puis les Francs christianisés. Puis le système des droits de l’homme. Puis le système mondialisé. On en est là.

Si je devais écouter ceux qui me parlent de mélange, alors la France serait très différente des autres pays d’Europe, qui n’ont pas eu les mêmes dosages ni les même ingrédients. Or nous ne sommes pas très différents les uns des autres, ni très différents des autres pays d’Europe. Nous percevons surtout la dernière couche qui a été posée.

Si je devais écouter ceux qui me parlent de mosaïque, alors la société française devrait être très diversifiée, le sud serait très wisigoth et très romain, pas très franc. La Bretagne serait très celte et pas très romaine ni très franque mais plutôt anglaise. Le Nord serait très anglais. La Rochelle aussi. Il y aurait encore des tribus montagnardes animistes. Des langues différentes. Des coutumes locale très vivantes et on reconnaitrait à son look le Savoyard et le Corse. Or nous ne sommes pas très différents. Nous percevons surtout la dernière couche posée, uniforme.

La métaphore des couches me paraît la plus apte à décrire les évolutions des civilisations. Quelque chose recouvre l’ancien monde. Déjà, nous oublions le monde chrétien, recouvert par la civilisation des droits de l’homme, elle même recouverte par celle de la mondialisation. Avant cela, la chrétienté avait recouvert le monde antique romain. Le monde antique romain avait recouvert le monde celte. Le monde celte avait recouvert le monde des mégalithes. Chaque couche recouvre l’autre, et celles qui sont tout en dessous deviennent invisibles, parfois pour toujours.

Si au lieu de penser mélanges et patchworks on pensait couches, il me semble qu’on aurait une vision plus juste de la situation du monde actuelle. Quelle couche est entrain d’être posée, que recouvre t’elle, qu’allons nous gagner, qu’allons nous perdre ?

"Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher"

Antoine de Saint-Exupéry - Terre des hommes - ch.III

Je m’organise

Mon intérêt s’est porté ces derniers temps sur les méthodes d’organisation personnelle. Comment gérer son activité, ses projets, et se fixer des buts. J’ai été surpris de constater que mes problèmes d’organisation était très communs en lisant de nombreux sites spécialisés dans ce domaine. J’ai été grisé par toutes les solutions que l’ingéniosité humaine avait fait surgir.

Je n’étais donc pas le seul à voir les tâches s’accumuler, à ne parer qu’au plus urgent, à éprouver le découragement face à l’ampleur du travail à accomplir, sans savoir par quel bout prendre tout ça et en accomplissant bien peu par rapport à mes envies.

Ce que je lisais me rassurait. Il était possible d’avoir une bonne organisation, ça s’apprenait, et ce que je considérais comme un agencement de l’esprit quasiment génétique, un tempérament naturel inclinant l’homme à être plus ou moins structuré, n’était en réalité qu’une compétence, bien souvent transmise par les parents ou acquise pour raisons professionnelles.

J’ai longtemps eu cette idée qu’une organisation trop rigoureuse était signe de rigidité d’esprit et aussi, une perte de liberté. J’ai souvent privilégié le free-style en la matière, cherchant à faire les choses à ma façon, tentant de me libérer des contraintes horaires ou de l’engagement en matière de temps. Mon système d’organisation s’est longtemps résumé à avoir un carnet Moleskine où j’y notais mes idées. Et un agenda pour mes rendez vous. Et je me donnais un maximum de latitude pour avoir la possibilité de me libérer de mes engagements. Rien ne m’agaçais plus que d’avoir quelque chose à rendre.

Il y a un an j’ai effectué une mise à jour majeur dans mon organisation personnelle en décidant d’utiliser au maximum les possibilités de mon Blackberry.

A la relecture de mon carnet Moleskine d’il y a trois ans, j’ai pu observer avec une certaine stupeur que la plupart des choses que je voulais faire à l’époque n’avaient pas été faites. J’avais de nombreuses idées, je les trouvais particulièrement bonnes, je me considère d’ailleurs toujours comme un homme d’idées, mais j’avais un énorme problème pour les concrétiser convenablement. J’étais particulièrement bon pour différer leur application, jusqu’à oublier que j’avais ces choses à faire.

Pourtant, dans mon métier de « chef de projet en système d’information », je m’étais contraint à une certaine méthodologie, notamment par l’utilisation d’un logiciel d’aide à la gestion de projet qui se nomme Microsoft Project. Je m’en servais de manière simplifiée pour lister les tâches à accomplir et à en estimer le temps. Je n’avais pas vraiment le choix, je travaillais sur des projets informatiques où des centaines de tâches devaient être accomplies dans un temps limité, et où je devais pouvoir rendre comptes à tous moments de ce qui avait été fait, et de ce qui restait à faire. Avec le recule, je trouve un peu stupide mon refus d’utiliser cet outillage dans ma vie personnelle. J’estimais alors que cela représentait un frein à ma liberté et à ma capacité à imaginer, et par pure idéologie, j’y voyais là une intrusion du système d’entreprise dans mon intimité. Cependant, mes problèmes d’organisation ont pris de telles proportions que je me suis résigné à admettre mon erreur. Je ne pouvais plus continuer ainsi.

Une forme plus rigide d’organisation est entrée alors dans ma vie de tous les jours, sous forme de listes de tâches. J’ai étrangement éprouvé beaucoup de plaisir avec cet outil. La contrainte d’avoir une liste de choses à faire, chaque jour, m’a libéré l’esprit. J’ai alors compris qu’une organisation assez rigide pouvait me donner la liberté de réaliser ce que j’avais à faire. L’échec de la méthode « Il n’y a pas de méthode » m’incitait à devenir l’homme organisé que j’avais toujours un peu redouté d’être.

La lecture de biographies m’a pas mal incité à changer sur ce point. Je constatais que les gens de talent que j’appréciais n’avaient pas que le talent avec eux : ils avaient aussi une excellente organisation. Par exemple, j’ai une grande admiration pour le cinéaste François Truffaut, et c’est en lisant sa biographie que je me rendis compte qu’il avait pu exprimer sa liberté créative d’abord en montant sa maison de production. Quand il voulait faire un film, il n’avait d’autorisation à demander à personne, il possédait sa propre structure qui organisait la production, et il était aidé par sa fidèle secrétaire et son fidèle assistant, et exerçait une activité de chef d’entreprise. Truffaut n’était pas qu’un grand artiste, il était aussi quelqu’un de très bien organisé, sachant ce qu’il avait à faire, capable de mettre en place des projets complexes.

Parmi les grands cinéastes, cette capacité d’organisation est assez répendue. Rohmer, Coppola ou Besson, par exemple, n’ont pas que des talents de cinéaste. Sans le sens de organisation qui les a poussé à monter leur propre société de production, ces auteurs n’aurait peut être pas eu l’opportunité de s’exprimer.

Un autre auteur que j’admire aussi particulièrement, l’écrivain Georges Simenon, avait aussi une organisation très au point. Auteur extrèmement prolifique, d’une créativité hors-norme, il était capable d’écrire un roman en quelques jours, sans jamais dévier du plan qu’il s’était fixé ni même se relire. En parallèle, il éditait lui même ses ouvrages au sein de sa propre maison d’édition, et avait créé sa propre petite entreprise pour ce faire.

Même constat en lisant un article sur l’invention de la Carte à Puce par Roland Moreno. Celui qui est présenté comme une sorte de professeur Foldingue, auteur d’une « théorie du bordel ambiant », se révèle être un être extrêmement organisé, l’invention de la Carte à Puce par Moréno n’aurait jamais eu lieu sans un travail de réseautage, de réponses à des appelle d’offre, d’élaboration de cahier des charge, tout un travail de protection industrielle, etc. Ce qu’on ne dit pas, c’est que le travail de Moréno a été surtout, un travail d’organisation. Lui même admettait que son invention aurait été découverte sans lui, que c’était une question de semaines, que l’exploit fût d’avoir été un peu plus vite que les autres et d’avoir « blindé » son dossier, obligeant les industriels à passer par lui.

En m’intéressant aux biographies des gens que j’admire, et qui sont pour l’essentiel des gens créatifs, artistes ou inventeurs, je remarquais ce point qu’on ne signale pas toujours dès lors qu’on parle de créativité : Ces gens savent faire avancer leurs affaires. Il ne suffit pas d’être un grand artiste, un grand inventeur. Il faut aussi être un grand organisateur.

C’est donc un peu sur le tard que je m’intéressais à l’aspect organisation de ma vie, constatant que c’était un élément fondamental du sens de l’action, comprenant qu’une organisation stricte n’était pas incompatible avec la liberté créative.

On dit souvent que les gens les plus actifs sont avant tout des gens dynamiques, plein d’ énergie et de vitalité. Depuis que je m’intéresse à la question de l’organisation personnelle, j’observe que ceux qui dans mon entourage arrivent à faire avancer leurs affaires efficacement sont avant tout organisés. Ils ne sont pas spécialement plus dynamiques que les autres, certains sont même plutôt zen, mais ils sont mieux organisés que la moyenne. Ils savent exactement ce qu’ils ont à faire pour arriver à tel ou tel point, et le font.

La question est donc : « comment être mieux organisé ? ». Là aussi, je découvrais un nouveau monde sur internet. Une branche du développement personnel et du management, où il est question d’optimiser son activité.

Le Pape de l’organisation personnelle est aujourd’hui David Allen. Auteur de « Getting Things Done » (GTD), cette méthode d’organisation fait l’objet de nombreux débats et même d’une sorte de culte, tant ce système d’organisation a permis à certain de modifier en profondeur leurs comportements. J’ai acheté le livre de David Allen et j’admet qu’il a eu une énorme influence sur moi. L’auteur développe quelques rêgles de bon sens, et la prise de conscience de l’importance de ces rêgles, simples pour la plupart, ont vraiment changé ma manière d’agir. Si je devais ne retenir que trois idées de cette méthode, je prendrais celles ci : Mes affaires doivent être toujours bien rangées, je dois lister les choses que j’ai à faire, je dois être capable de fixer les priorités.

Bien d’autres ressources existent sur internet et le thème de l’organisation, qui hier encore était le thème que je repoussais. Ce qui me semblais être un domaine administratif est devenu un de ceux qui me passionne le plus. Il me passionne car c’est l’outil qui me manquait pour renforcer mon sens de l’action, au delà du sens du défi que j’essayais de développer dans ma vie.

Pour aller plus loin sur ce thème de l’organisation, voici quelques ressources utiles :  

Un excellent article sur la méthode GTD sur le site Des Livres Pour Changer

http://lifehacker.com/ , Un site en anglais où il est souvent question d’organisation et de trucs et astuces pratiques pour plus d’efficacité.

http://www.rememberthemilk.com , une application en ligne que j’utilise pour lister mes tâches.

Oulala, ce blog est en train de stagner, faut que je m’y remette, pas d’excuse. Allez, je colle cette petite vidéo de mon héros, Richard Bronson, et je relance la machine.

"Le mensonge le plus courant est celui que l’on se fait à soi-même ; mentir aux autres est plutôt l’exception."

Nietzsche