Critique de la psychanalyse : Guy Corneau.

Voici une vidéo de Guy Corneau, épisode d’une série sur la psychothérapie par le célèbre psy. L’épisode en question s’intitule “les compensations” et traite des addictions, pulsions alimentaires, shopping compulsif, etc. Toutes ces choses qui serviraient à compenser un problème.

Cette émission assez bizarre et exotique, m’a intéressé pour plusieurs raisons que je vais détailler plus bas. Sachez cependant, Noble Lecteur, que vous n’êtes pas obligé de vous infliger les 45 minutes de ce mélange de real-tv- psychodrame à but éducatif, bien que le délicieux accent québécois puisse rendre le moment agréable, et le rôle de composition de Guy Corneau, digne des plus sirupeux rôle de Robin Williams, dans la pose du type qui a tout compris (alors qu’il ne fait qu’anoner les mantras de la déjà bien vieille religion psychanalytique) peu donner à ce document une dimension divertissante certaine.

Analysons donc l’émission du célèbre psychanalyste Québécois. Et pourquoi elle est intéressante.

La première raison de mon intérêt est le concept même de l’émission, qui est une séance de psychothérapie filmée, qui donne beaucoup d’indications sur cette pratique.

La seconde raison est que Guy Corneau se défini lui même comme un “psychanalyste Jungien”, et si je peux considérer Jung comme un philosophe valable (notamment par son travail sur le Yi King), je considère aussi la psychanalyse comme une pseudo-science vaseuse devant être combattue et annihilée comme pratique thérapeutique.


Je pense que cette pratique est non seulement inutile, mais surtout, qu’elle interdit à l’individu de trouver les bonnes pistes qui régleraient ses problèmes. La grille de lecture de la psychanalyse ne permet pas de comprendre un mal existentiel, et ne permet pas de le régler non plus. Elle permet surtout de se perdre. Si je voulais aider quelqu’un à conserver ses problèmes le plus longtemps possible, et faire en sorte qu’il n’ai pas les outils pour les controler, je l’enverrais chez un psychanalyste !

Je suis persuadé que la psychanalyse sera considérée dans le futur comme une fantaisie bizarre du vingtième siècle. Peut être une forme artistique exotique et amusante, un peu comme le dadaïsme. Aussi il est intéressant de voir comment cette croyance en la psychanalyse peut se pratiquer, occasion pour moi de développer ma critique

Je suis un expert en matière d’addiction. Mon corps a eu a faire avec le tabac, le cannabis, l’alcool, les sucreries, les poudres blanches, les acides… De tous ces comportements destructifs et addictifs, le tabac a été le plus compliqué à gérer, j’en ai d’ailleurs fait un livre. Aujourd’hui tout va bien, merci.

Aussi ce document filmé sur “les compensations” ne pouvait que m’intéresser. Voici ce que j’en ai tiré :

Tout d’abord, si la psychanalyse me paraît hautement critiquable en tant que “science humaine”, je reconnais que la croyance en elle qu’ont les gens les invite à s’ouvrir et de se lâcher avec sincérité. Le principe de l’”écoute bienveillante” du psy, avec la conviction en face qu’il faille “vider son sac” pour avancer aide vraisemblablement à jouer le jeu de l’ouverture. Quant à la bienveillance du psy, elle offre au client cette sensation puissante d’être écouté, ce qui engendre un bien être immédiat visible. Bien être superficiel et à court terme, mais bien être quand même.

Mais les avantages s’arrêtent là. Je n’ai pas été surpris de voir en action les présupposés de la psychanalyse, consistant à relier un problème comportementale présent à un problème du passé, souvent familial, et faire de cet événement le point d’attaque du problème. Je ne nie pas qu’un comportement inadapté puisse être né d’un événement particulier du passé, ni que s’en rendre compte puisse participer à la compréhension du problème, mais je pense que focaliser sur ce passé est inefficace, confortable, et prive de véritables solutions.

Le présupposé freudien arrive tout de suite : La personne exprime un problème de boulimie, le psy demande immédiatement “pourquoi ?”, et encourage le sujet à aller chercher les problèmes du passé qui expliqueraient tout. Ce dernier, informé des règles de la psychanalyse, se fabrique ou ravive alors toutes sortes de liens, trouve divers traumatismes d’enfance, qui justifient ses pratiques actuelles. Au risque même de transformer une mésaventure du passé, qui n’était plus problématique, en un malheur vivant. Le psychanalyste a donc un rôle de pompier-pyromane : réactiver d’anciennes peines, pourquoi pas persuader de la présence de symptômes inquiétants (un passé douloureux inconscient par exemple), pour prétendre ensuite les soulager.

Je perçois une forme de complaisance des participants. Ils semblent trouver satisfaisant ce freudisme consistant à rejeter la responsabilité leurs malheurs actuels sur leur passé et leur famille. Ils semblent même avoir déjà fait la démarche psychanalytique, et ressortent chacun une théorie bien calibrée, « psychanalytiquement correcte », sur les raisons de leurs problèmes. Théorie qui semble assez confortable, à la grande satisfaction de Guy Cornau, qui de manière sincère, semble y voir une validation des thèses de la psychanalyse. Les participants ne font pourtant qu’obéir à l’injonction freudienne : donner une raison née d’un traumatisme ancien à leur mauvaises habitudes.

Le présupposé que le problème actuel dépend du passé et ne se réglera qu’en retournant au passé semble partagé par tous. Il semble même que cette croyance soit un préalable avant de consulter. Croyance tellement ancrée dans la société occidentale, en particulier chez les adeptes des magazines féminins populaires, que les personnes semblent avoir déjà la réponse à leurs problèmes, l’on semble t’il déjà bien formulé et ressassé, et mettent tout leur talent pour livrer la réponse que le psy attend. Des histoires d’enfance, de relations parentales, etc.

Je pense que si ces gens croyaient aux esprits de la forêt plutôt qu’au freudisme, ils auraient trouvé une histoire de lac maudit où ils se seraient baigné étant petit, ou de pierres sacrées qu’ils auraient souillé par inadvertance…

L’utilisation du présupposé freudien ne laisse aucune chance d’explorer d’autre voies. Il interdit même de penser la question autrement qu’à travers la lorgnette élaborée par Freud, brouillant l’analyse des faits, entraînant les personnes vers des contrées toujours plus sombres. Chose que l’on constate par l’espèce de sidération et d’impuissance dont témoignent les uns et les autres. Interpréter un événement avec la psychanalyse, c’est le rendre toujours moins compréhensible.

J’ai le sentiment, en observant ces scènes de déballage et de retour vers le passé, que le psy oriente les personnes vers une voie de garage parasitée, pleine de désordre, compliquée. Au lieu de proposer une simplification du problème afin d’aider à le résoudre, au lieu de proposer des pistes, le psy ne fait que valider que le mal dont souffre la personne est profond, “historique”, inextricable, existentiel. Chacun des participants patauge dans le néant, admet implicitement ne rien comprendre à ce qui lui arrive, en dépit de toutes les explications freudiennes. La sidération. Ils sont privés des outils pour comprendre, et sont comme toujours invités à faire le deuil.

La véritable question, qui est “comment modifier ces mauvaises habitudes” est absente. La psychanalyse ne s’intéresse qu’au “pourquoi”, avec la pensée magique qui est de penser que cette prise de conscience du pourquoi suffira pour dissoudre le problème par enchantement… Pas de “comment”, donc.

L’idée de viser un objectif précis d’amélioration non plus. Pour ma part, je pense que l’amélioration de soi passe par un “entraînement à aller mieux”, et certainement pas par une remise en question de son passé. Dans cette dernière démarche, la personne s’arc-boute sur son problème, met des ornières, se prive de toute vision panoramique du problème pour n’utiliser que la vision tunnel et amplifiée de la longue vue. Elle pense régler son problème en observant au plus près le détail des origines du mal, tente d’aller le plus loin possible dans l’appropriation de ce mal, jusqu’à le sublimer, le mystifier, lui donner une généalogie et broder un “story-telling”.

Le mauvais outil. Là où la personne exprime le besoin d’avoir une boussole, Guy Corneau lui offre la seule chose qu’il a : une loupe.

Il existe pourtant de nombreuses autres pistes à explorer pour s’attaquer à un problème de comportement compulsif et d’addiction. Encore faut il s’extraire de la psychanalyse pour percevoir ces solutions !

Pour ma part, un travail que j’ai entrepris de longue date pour comprendre et régler mes comportements addictifs m’a amené sur plusieurs pistes qui ne sont absolument pas exploitées par Guy Corneau.

La première piste est le désordre physique. Guy Corneau ne prend aucunement en compte les découvertes récentes au sujet de “la chimie des émotions”. On sait que le sentiment de bien-être dépend de la fabrication d’hormones comme l’endorphine, la dopamine, etc, de même que la déprime, l’angoisse ou l’ennui sont des émotions générées pas le manque de ces hormones, et l’ afflue d’hormones du stress, tel que l’adrénaline. Cette piste est inexploitée.

On sait aussi que certaines stratégies comportementales permettent de se procurer ces molécules du bonheur non pas en se réalisant dans la vie (bonne stratégie), mais par des stratégies erronées : psychotropes, nourriture, achats compulsifs, etc. Piste de la “stratégie erronée” quasi inexploitée.

Il me semble que plutôt que d’aller chercher midi à quatorze heure, il serait d’abord utile de voir si ces personnes ne subissent pas des dérèglements physique. Un problème thyroïdien peut par exemple expliquer une mauvaise production d’ hormones, que la personne se procurera autrement (le tabac, l’alcool, le shopping, la nourriture sont des moyens de fabriquer ces hormones du bien être). Piste inexplorée.

Sur ce même principe, il eu été bien de vérifier si ces personnes ont, au delà de leurs sales manies, une hygiène de vie satisfaisante. Dorment elles assez, se nourrissent elles sainement (en dehors de leur phases boulimiques), font elles assez d’exercice, vivent elles dans un environnement sain et naturel. Si tel n’est pas le cas, un malaise diffus peut exister. Piste inexplorée.

Une hygiène de vie défaillante peut suffire à provoquer des états de déprimes, un stress ou une fatigue chronique qu’on cherche à régler comme on peut, par exemple en fumant une cigarette ou en mangeant une glace… Ce qui entraîne un plaisir immédiat, avec, hélas, un effet descente qui appelle à recommencer…

Guy Corneau aurait aussi pu aborder la question du principe de récompense qui dirige la plupart de nos actes. Par une mauvaise stratégie, vous vous récompensez mais vous vous faites souffrir. Guy Corneau n’aborde pas vraiment ce point important, qui consiste à comprendre qu’une habitude a pu avoir une efficacité certaine à une époque (par exemple, quand dans sa jeunesse manger n’importe comment n’avait pas de grande répercutions sur le poid), qu’aujourd’hui, cette habitude est devenue néfaste. Quelles autres techniques et stratégies adopter pour remplacer celle qui ne donne plus satisfaction ? Piste inexplorée.

Guy Corneau aurait pu explorer du côté du principe de Pavlov, où comment une habitude mise en place pour aborder la vie en automatique peut devenir obsolète, et révéler sa faible efficacité coûts/gain, car il y a une économie du bien-être, et comment on peut briser ce mécanisme physique (le principe de pavlov est assez bien documenté sur ce point). Encore une piste dont on ne parle pas.

La question de la frustration aurait pu être abordée, et l’idée que le malaise peut aussi venir du fait que l’on ne fait pas ce qu’on aime faire dans la vie, manque compensé par des comportement nocif. Et si on encourageait les personnes à faire ce qu’elles aiment faire, au lieu de leur demander de revenir vers leur passé ? Piste inexplorée.

La question de la qualité de vie. Comment obtenir de bonnes sensations dans la vie, et éloigner les facteurs de stress et d’ennui dans la mesure du possible. Concrètement. Et constater que cela entraîne une baisse des envies boulimiques ou addictives. Toujours cette idée de remplacer le plaisir du grignotage, par exemple, par un autre plaisir, qu’il faut parfois apprendre à éprouver, comme le sport ou une réalisation professionnelle. Piste inexplorée. Toujours l’idée qu’on compense une douleur du passé, qu’il faut réviser son passé pour que ça évolue.

La question de la reconnaissance. L’envie d’être apprécié et aussi d’apprécier autrui, de recevoir des preuves d’amour , d’être reconnu dans son travail et sa famille, d’être récompensé à sa juste valeur, etc. La personne a t’elle sa dose de reconnaissance et offre t’elle assez de reconnaissance aux autres ? Certain parleront de “gratitude”. Là aussi, il est possible d’agir sur ce point. N’est ce pas de ce côté qu’il convient de chercher ? Piste quasi inexplorée, au profit du psychodrame tortueux du retour aux sources.

Il serait aussi intéressant d’investiguer côté “croyance en la psychanalyse”. Bien sûr, Guy Corneau, en tant que psychanalyste, est sûrement incapable de mener cette recherche, d’aller étudier en quoi la croyance dans les préceptes freudiens peut bloquer les gens dans leurs problèmes, les faire passer du stade de “problème du quotidien” à celui de “problème existentiel”, amplifiant tous les symptômes, et surtout, les privant de toutes solutions, les entraînant sur le fatalisme du “c’est à cause de mon passé douloureux”. Je pense qu’ “apostasier la psychanalyse" est la première chose à faire, ceci afin d’éclaircir la situation et pouvoir étudier les autres possibilités pour régler ses problèmes. Piste bien évidement inexplorée, quoique Guy Corneau se retrouve à diverses reprises poussé à dire « c’est pas grave, on a le droit… », afin que les personnes cessent de dramatiser sur leur histoire, supposément cause de toutes leurs déviances.

La psychanalyse n’est pas seulement une croyance obsolète, c’est surtout une croyance dangereuse qui prive les gens des autres outils à leur disposition. Guy Corneau ne fait que participer au brouillage d’esprit dont une partie de la population occidentale est victime. Une mauvaise grille de lecture qui participe à l’état de vacuité dans laquelle se trouvent certaines personnes, ce qu’illustre parfaitement bien cette émission. Alors, merci Guy Corneau d’avoir réussi à démontrer cet état de sidération, même de manière involontaire. Je reconnais aussi qu’il y a bien pire que la pratique Jungienne de Guy Corneau, finalement assez humaine et aimable, moins « détériorante», me semble t’il, que la pratique lacanienne, que j’aborderai dans un autre article.

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